Le fibrotest
une
application universitaire du concept de profil protéique
Cinq paramètres sont dosés et le fibrotest est le résultat
d'un algorithme appliqué à ces dosages, indépendamment des valeurs
normales: - bilirubine et gamma gt - trois protéines qui sont des
marqueurs de fibrose évolutive: alpha 2 macroglobuline qui augmente,
haptoglobine qui diminue (" insuffisance hépatique"), apoA1 qui
diminue (protéine nutritionnelle).
Stéatoses non alcooliques
L'intérêt diagnostique du FibroTest
Les journées francophones de pathologie digestive (SNFGE)
3-7 avril 2004 –
Palais des Congrès à Paris
Le FibroTest, en associant différents dosages biologiques,
permet d'évaluer le degré de fibrose hépatique et l'activité
nécrotico-inflammatoire. Validé dans l'hépatite C, son intérêt est en
cours d'évaluation dans les stéatoses non alcooliques. Explications du
Dr Vlad Ratziu.
Les stéatoses non alcooliques regroupent les stéatoses
pures et les stéato-hépatites à composante inflammatoire. Ces deux
formes cliniques sont rattachées à une même entité,
l'insulinorésistance, dont l'expression clinique associe obésité,
diabète, athérosclérose, HTA et dyslipidémie.
L'épidémie conjointe d'obésité et de diabète, en pleine
progression dans les pays industrialisés, explique l'augmentation de
la fréquence des stéatopathies non alcooliques. D'évolution lente et
insidieuse, elles présentent une grande variabilité interindividuelle,
avec un risque de progression vers la fibrose hépatique et, dans
certains cas, vers la cirrhose. «Si le risque individuel est
probablement peu élevé, explique le Dr Vlad Ratziu, (service d'hépato-gastro-entérologie,
groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris), le problème est
préoccupant en raison de la fréquence élevée du surpoids et du diabète
dans la population générale, à telle enseigne que les stéatopathies
non alcooliques sont considérées comme la première cause d'anomalie
des tests hépatiques, et aussi comme la principale étiologie des
cirrhoses d'origine jusque-là indéterminée.»
Cette évolution fibrosante, qui fait la gravité de la
maladie, est principalement due à la stéatohépatite, mais certaines
stéatoses pures peuvent également évoluer vers la fibrose. Les données
cliniques et biologiques étant insuffisantes pour poser le diagnostic
de fibrose hépatique, il est nécessaire de trouver d'autres marqueurs
plus spécifiques. «Dans ce contexte, commente le Dr Ratziu, ce n'est
pas tant la distinction entre stéatose et stéatohépatite qui est
importante, mais la possibilité de diagnostiquer la fibrose
directement, puisqu'elle constitue l'élément de gravité évolutive.
Compte tenu de l'absence actuelle de thérapeutique efficace,
l'évolution peut se faire vers la cirrhose et ultérieurement vers
l'insuffisance hépatique et/ou le développement d'un carcinome
hépatocellulaire.»
Le dépistage à l'aide de la biopsie ou de marqueurs non
invasifs revêt donc un grand intérêt afin de pouvoir prédire le stade
de fibrose. «La biopsie pose un problème en raison de la variabilité
des échantillonnages, car elle ne permet d'analyser qu'un petit
prélèvement, effectué en un endroit précis du foie, commente le Dr
Ratziu. Une autre limite de la biopsie, propre à cette affection, est
le grand nombre de sujets exposés aux facteurs de risque de
stéatopathie non alcoolique, parmi lesquels seule une minorité
développera une fibrose significative. En pratique, cela rend
impossible l'exploration par biopsie hépatique de tous les sujets
justifiant d'une évaluation histologique».
Un marqueur universel de fibrose hépatique.
Le développement de moyens diagnostiques alternatifs à la
biopsie est donc particulièrement intéressant et les marqueurs
sanguins biochimiques de fibrose hépatique représentent de bons
candidats pour cette approche, avec notamment la mesure de cinq
paramètres : bilirubine, gamma-GT, apolipoprotéine A1, haptoglobine,
alpha 2-macroglobuline. «Les résultats de ces dosages fournissent un
index (FibroTest), pondéré sur l'âge et le sexe, allant de 0 à 1, et
cela proportionnellement à la quantité de fibrose dans le foie.
Le FibroTest a été très largement validé dans l'hépatite C
par notre groupe, dirigé par le Pr Thierry Poynard, et par d'autres
groupes, rappelle le Dr Ratziu. Des travaux ultérieurs ont étendu
l'utilisation de ce test à l'hépatite B, aux coïnfections VHC-VIH et à
la maladie alcoolique du foie. On peut donc parler de marqueur
universel de fibrose hépatique » Les stéatopathies non alcooliques
pouvant se compliquer de fibrose, l'objectif de l'étude menée par le
Pr Thierry Poynard et son équipe était d'évaluer l'efficacité de ce
test dans le cadre de cette maladie.
Les résultats montrent une très bonne valeur discriminante
pour les stades avancés de fibrose (dès la fibrose en pont) et,
contrairement à d'autres marqueurs, une identification des patients
est possible dès les stades fibrosants précoces. «Si ces résultats
sont confirmés dans des séries plus importantes, observe le Dr Ratziu,
le FibroTest pourra être considéré comme un test pouvant quantifier la
fibrose hépatique, sans avoir à recourir à la biopsie, et donc éviter
ses risques et ses inconvénients. Il représente, de par sa nature de
marqueur sérique, une sorte d'intégrale du processus fibrosant dans le
foie entier et non pas le reflet de la situation en un endroit précis
du parenchyme hépatique. »
Dr MARTINE ANDRÉ
D'après un entretien avec le Dr Vlad RATZIU,
service d'hépato-gastro-entérologie, groupe hospitalier
Pitié-Salpêtrière, Paris.
FibroTest franchit l'Atlantique
En France, le brevet du FibroTest est la propriété de
l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (il est exploité par
Biopredictive, une start-up de l'incubateur Paris Biotech de
l'université Paris-V). Ce test est déjà utilisé dans d'autres pays
(Afrique, Europe, Asie) et son succès s'étend aux Etats-Unis où il
vient d'être lancé sous le nom de FibroSure (LabCorp).