La génétique des fleurs ( Pour la Science – janvier 95 ).
La fleur d’une plante (Arabidopsis thaliana ici, dont le génome a été
décrypté) comporte plusieurs organes regroupés de la périphérie vers le
centre en 4 verticilles :
1é / sépales ressemblant aux feuilles
2é / pétales
3é / étamines (pistil) , organe mâle produisant le pollen
4é / carpelles , ovaires des plantes.
La différenciation de ces organes résulte de l’activité
d’un petit groupe de gènes en des positions précises de l’ébauche
florale. Leurs mutations conduit à la formation de fleurs aux structures
nouvelles visualisées ci dessus.
L’activation de ces gènes ( Apetala2 ,Apetala3 - Pistillata,
Agamous) représente une étape essentielle de l’interprétation
intracellulaire de la position, mais n’établit pas les
différences de position ( morphogenèse).
Celles ci dépendent de gènes plus précoces, entre autres :
-
Superman qui réprime l’activité B dans le 4é
verticille , ainsi le mutant a des étamines dans le 4é verticille avec
peu de carpelles.
-
Surtout Leafy (avant) responsable de l’activité
B dans le 2é et 3é verticille mais surtout du passage de la
croissance linéaire des tiges à celle bourgeonnante des fleurs :
en effet le mutant Leafy n’a ni pétales, ni étamines, remplacés par des
organes ressemblant à des sépales mais en outre
ils sont disposés en spirale comme les feuilles sur la
tige.
*Les simili-sépales montre que l’activité A**
(Apetala2) est présente, de même l’existence des carpelles témoigne de
l’activité C (Agamous).
Or, ce passage d’une croissance linéaire à un
bourgeonnement ( qui rappelle d’ailleurs la croissance embryonnaire
initiale en feuillets chez les animaux) modifie totalement les
positions relatives des cellules (la géométrie tissulaire) et donc leur
voisinage : chaque cellule a alors plus de voisins (en moyenne 4
dans un plan, au lieu de 2).
Les produits des gènes agissant par diffusion
intercellulaire, leur taux absolu local et leur taux relatif à distance
égale augmentent.
D’ autre part, les activités A et C, qui *préexistent
qualitativement à celle de Leafy, s’excluent mutuellement ( cf photo)
dans les organes floraux .
Ainsi, la mise en place des domaines de la fleur (morphogenèse)
avant la différenciation (organogenèse) peut s’expliquer par
l’intervention de variations quantitatives et de facteurs physiques :
-
poussée de croissance saisonnière (
ensoleillement, température, humidité ..).
-
puis activation du gène Leafy ( par un facteur
quantitatif ?) modifiant le type géométrique de croissance,
-
avec accroissement local des activités
préexistantes Apetala2 et Agamous dans la tige ( Apetala2 dominant**
dans ce cas).
-
Ensuite l’équilibre antagoniste entre ces 2
activités dépendant de leur demie vie + leur cinétique de diffusion
respectives, , l’équilibre est rompu au delà d’un certain seuil (
par exemple si Agamous a une demie vie plus longue et/ou une diffusion
plus rapide suite à sa taille ) avec expression alors dominante d’Agamous
(cf schéma ci dessous) ( l’hybridation in situ confirme qu’il ne
s’exprime qu’au début du développement floral ).
-
L’arrêt du développement floral nécessite
l’expression d’Agamous comme en témoigne des rangées internes identiques
d’organes supplémentaires chez le mutant Agamous en plus des 4
verticilles externes : sépale - pétale - pétale - sépale.
Probablement pour ramener l’activité Apetala2 à celle
existant dans les feuilles, moindre que dans les sépales et pétales.